Dans la chambre où elle finit ses jours non loin de Paris Erna se souvient en silence. Son fils aussi se souvient et s'interroge décryptant les confidences de celle qui fut au long d'un siècle de vie ou presque la gardienne d'un secret autour duquel l'histoire familiale et l'Histoire majuscule ont noué inextricablement leur écheveau. Pourquoi au printemps de 1914 sur les bords du Danube la touchante Ilona soeur aînée d'Erna est-elle morte dans la fleur de ses seize ans - d'amour peut-être ? Et pourquoi la vieille dame en cette fin de 1989 qui voit la chute du mur de Berlin charge-t-elle son fils de cette mission qu'il se refuse à prendre pour le fruit d'une lubie : rendre visite au prince Otto de Habsbourg et lui toucher la main ? Troublé par les liens qu'il établit peu à peu entre ces deux énigmes jumelles le narrateur à présent dépositaire du secret d'Erna va s'employer à en éclairer la part d'ombre. Son enquête le condamne à parcourir les allées de cette Mitteleuropa ruinée par la folie des hommes et à s'attarder ramasseur des causes perdues auprès de ceux qui hier osèrent rêver d'un monde où les seules convulsions possibles seraient celles de la Beauté. Tenu de poursuivre ses fantômes il devra sur la piste de l'amoureux d'Ilona - le cavalier sans nom - remonter du Finistère au Danube passer par Sarajevo et Vienne Budapest et Montparnasse frôler les silhouettes du Dr Freud et d'André Breton traverser deux guerres mondiales qui n'en font qu'une. Tapie derrière la porte l'Histoire distribue aux anonymes les épreuves elle organise leurs métamorphoses : le caporal Mathias Landor en horloger de la cour Sigismond le Linguiste en agent secret de feu l'empereur l'oncle Joseph sous l'occupation allemande en chevalier Dupin... Mais pour que le messager puisse toucher la main du prince il faut en finir encore avec quelques mauvais rêves - qui persistent à brouiller la chanson insistante d'un passé mal oublié